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15.02.2006

1 - La bandaison d'Eva

Il est bandant, Bresse. Il n’y a pas d’autre mot. C’est de l’énergie pure, cet homme. Un taureau.

Vous pensez : Elle n’en a pas ? Elle veut nous faire comprendre qu’elle mouille ? Du tout. Nadia, mouille. Pour le bonhomme du courrier exprès. Pour le technicien de Xerox (pas le barbu, l’autre). Je crois que même Radzievski lui fait de l’effet. Pas l’homme non, tout de même, elle n’est pas folle. Mais ce qu’il écrit, oui. C’est une nana, Nadia.

Moi, je ne mouille pas. Mes jumelles ? Deux tubes de lubrifiant. Pendant dix ans, David m’a fichu la paix. Une ou deux fois par semaine, il se branlait en me pelotant les seins et en disant grosse salope. Je n’ai jamais compris, car je taille du 36, depuis toujours. Oui, aujourd’hui encore, malgré cette grossesse et l’approche de la quarantaine.

Un jour, il s’est mis en tête qu’il voulait un enfant de moi. Fallait faire face. Si je n’avais acheté qu’un tube, n’aurais-je accouché que d’une seule fille ? Allez savoir. Peu importe, David se débrouille avec elles. On s’est séparés peu après leur naissance. Il avait pris goût à la pénétration, moi pas. Qui plus est, mes seins me faisaient mal et je ne voulais plus qu’il les touche. Bref. Je déjeune avec les gamines quand mon emploi du temps le permet et je les prends en février, pour les sports d’hiver. Enfin, je les prenais. Cette année-ci, avec le projet Radzievski, j’ai une bonne excuse pour rester sur Paris. C’est un calvaire, le ski avec ces deux petites pouffes frileuses. Leur père en fait des molles, à son image. Elle n’ont que huit ans, mais parfois je les surprends à minauder comme Nadia. C’est du genre à mouiller, plus tard.

Moi, je bande. Quand Bresse est là. Quand je pense à Bresse. Quand je parle de Bresse. Là, tout de suite, en commençant ce récit, si j’étais un homme, j’arrêterais tout pour me taper une call-girl. Exactement comme le ferait Bresse, avant de négocier un contrat, oui !

« Faut que ça sorte ! »

Quand il dit ça, les clés de sa Jaguar en main, Nadia et moi ne posons pas de questions. Nous savons qu’il sera là, dans deux heures pile, pour la réunion. Repu, le taureau  semblera patient, se montrera étonnamment ouvert aux propositions les plus farfelues et écoutera avec bienveillance les exigences les plus démesurées. La femme ou l’homme qui sont venus défendre un manuscrit ou discuter des termes d’un accord commercial se diront qu’il ne mérite pas la réputation que certains lui font. Jean-Jacques Bressac du Blettas est tout simplement en train, comme il l’exprime lui-même, de les baiser en douceur.

Il obtiendra ce qu’il veut et ce qu’il veut c’est tout. En sortant, ses visiteurs remercieront Monsieur Bressac de les avoir, pardon de m’exprimer encore avec ses mots à lui, si profondément enculés. Eva vous mettra tout ça en musique, leur dira-t-il alors et les sodomisés me sourieront, confiants.

Je rédigerai le contrat qui nous octroie l’exclusivité de ceci, nous réserve la plus grosse part des bénéfices de cela ou qui nous associe sans risque à tel projet dont nous prendrons le contrôle dès qu’il s’avérera profitable. Nadia mettra le document en page et corrigera mes fautes d’orthographe. Elle est ici depuis bien plus longtemps que moi, mais le patron l’intimide toujours. Elle rougira en lui soumettant notre travail. S’il reste un participe mal accordé, il le verra. Bresse lui dira qu’il espère qu’elle ne fait pas des conneries pareilles dans les manuscrits. Elle aura les yeux humides. Elle mouille d’un peu partout, Nadia.

Quels petits noms peuvent bien donner les call-girls à Jean-Jacques Bressac du Blettas ? Jyjy ? Bressou ? Bébé ?

Pour moi, comme pour tous ceux qui le connaissent, qu’ils l’admirent ou qu’ils le redoutent, il est Bresse. Pour Nadia et les entubés, c’est Monsieur Bressac. Jean-Jacques ? Pour personne, que je sache. Quoique, si, pour sa femme. J’allais l’oublier, celle-là. Mimétisme ? Nadia lui dit : Votre épouse a appelé durant votre absence, Monsieur Bressac. Mon boss répond : Qui, ah, oui, zut, elle voulait quoi, celle-là ?

« Oubliez-tout. »

Il y a cinq ans, il m’a dit ça, Bresse. C’était une mauvaise passe, pour moi. Après le rachat de Goldman, j’avais été licenciée et je ne faisais plus que des intérims. Toujours dans l’édition, oui, je ne voulais pas que mon C.V. devienne incohérent, mais de bras droit du patron, j’étais devenue bonne à tout faire. Je m’étais remise à fumer.

« Je vous engage, Eva, mais vous oubliez tout. »

Il a jeté mon dossier de candidature dans la corbeille à papier.

« Ici, nous inventons. »

C’était ma première bandaison.

Commentaires

Hum, je pense plutôt à une pendaison mais pas de crémaillère

Ecrit par : myriade | 15.02.2006

"Vous pensez : Elle n’en a pas ?"... Heu, pas de quoi, Peter ?

"je les surprends à minauder comme Nadia. C’est du genre à mouiller, plus tard". Pourquoi pas "elles sont du genre..." ?

Bon, là, je l'ai jouée "pointilleuse", Peter, je l'admets. Toutefois, il me semble qu'en tentant le cru tu as moins soigné le trait. Me trompe-je ?

En ce qui concerne cette Eva, bouh qu'elle me semble cynique... Et très peu maternelle. Effrayante, carrément. Mais bon...

Ecrit par : Caro La vie en rose | 15.02.2006

Kikoo Carooooooo !

Eva "en a".

Aboutissement merveilleux de l'émancipation qui consiste à donner des "couilles" aux femmes, elle est de celles qu'on peut voir poser tenant un prisonnier iraquien à une laisse.

J'ai hésite pour le "Elles sont". J'évite le plus souvent de laisser contaminer le texte par des erreurs courantes du langage parlé (genre oubli des négations).

Mais le "C'est du genre..." réduit les filles à des objets et correspond mieux à la logique d'Eva pour qui les gens sont des "choses" dont on se sert. J'en fais trop ?

Le trait me semblait aussi grossier que le personnage, effectivement effrayant... mais j'ai pu aller trop vite ?

Sachant cela, vois-tu toujours des choses qu'il faudrait modifier ?

Merci !

Ecrit par : Peter | 16.02.2006

Non, juste une petite remarque en passant... Sais-tu pourquoi les nanas ont généralement plus de "couilles" que les mecs ? Parce qu'elles sont bien planquées et qu'on ne peut donc pas s'en saisir pour les serrer très fort ! ;o)

Ecrit par : Caro La vie en rose | 16.02.2006

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