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24.02.2006

5 - La bravoure de Timothy B Harwood

Quelle mémoire il a, Ottavio !

Je suis aux manettes de la console électronique. Mon fils observe l’écran de télévision, posé au pied du lit, attentif aux moindres détails. Il me suggère des déplacements, des mouvements tactiques. Il identifie des schémas, élabore une stratégie.

Mon adresse laisse un peu à désirer pour des jeux qui demandent des réactions vives, comme les courses de voitures ou les championnats de kung-fu. Nous les avons délaissés car ils nous frustrent, lui, qui n’a plus de main droite et plus qu’un doigt de la main gauche qui lui obéisse encore et moi, qui approche de la quarantaine et qui n’aurai plus jamais les réflexes d’un enfant d’onze ans.

Par contre, quand nous incarnons Lord TeeBee, qui réussit grâce à la patience et à l’intelligence, Ottavio et moi formons une équipe gagnante. Vous en voulez la preuve ?

Je viens d’acheter la Maîtresse des Loups, il y une dizaine de jours, et cet après-midi, nous en sommes déjà au Niveau Cinq de l’Épisode Deux ! Parfaitement.

Connaissez-vous cette trilogie ? C’est plus que probable, car avant de fournir le scénario pour un jeu électronique, la saga du même nom a fait l’objet de trois livres et d’une série de dessins animés. Vous devez certainement l’avoir déjà vue, quelque part, en librairie, dans un magasin de jeux pour consoles électroniques, dans le rayon des films d’une grande surface ou à la télévision, le matin.

Lord TeeBee en est le héros, oui, tout à fait ! C’est lui qui s’oppose aux noirs desseins des forces du mal, incarnées par l’impitoyable meneuse d’une horde de loups sanguinaires. Cette Maîtresse a dérobé le Roh-Poor-Jaz privant ainsi l’humanité d’une des cinq sources du bien. Ne me demandez pas quelles sont les quatre autres, je ne sais même pas si nous l’apprendrons, à la fin.

Ce que je peux vous dire et ce qu’il vous faudra savoir pour accéder au Niveau Six…

(Ne lisez plus, si vous voulez trouver la solution par vous-même !)

Ce que je peux vous révéler, aujourd’hui, c’est le vrai nom de Lord Teebee !

Oui.

C’est là que la mémoire d’Ottavio nous a été, comme très souvent, d’un secours inestimable.

Au tout début de l’Episode Deux, notre héros n’a pas d’autre choix que de remettre son passeport à un sombre acolyte de la Maîtresse des Loups. Un peu plus tard, il recevra un micro-tatouage pratiquement invisible qui lui permettra de s’identifier, dorénavant, quand il rencontre ses alliés secrets.

Ce genre d’échange est un peu le thème de l’Episode Deux qui s’appelle d’ailleurs « Echange d’Armes ». A plusieurs reprises, notre héros doit se défaire d'objets défensifs ou offensifs et accepter d’être vulnérable en attendant de trouver de nouvelles ressources.

Voilà qu’à la fin du Niveau Cinq, il doit inscrire son véritable nom dans un registre…

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Non, son micro-tatouage ne le renseigne pas ! Je me mets donc à fouiller un peu partout, faisant défiler à l’écran l’inventaire des objets que nous possédons « virtuellement », puis je veux reprendre l’emballage du jeu pour lire toutes les notices et feuillets qui l’accompagnent, quand Ottavio me dit le plus calmement du monde :

Timothy B Harwood

Il avait pris la précaution de nous faire examiner le passeport avant de le remettre et se souvenait, non seulement du nom, mais aussi du lieu et de la date de naissance de Lord TeeBee ainsi que d’un signe distinctif qui nous sera certainement utile, plus tard.

Je crois même lui avoir dit, au moment où il m’avait ordonné de cliquer « I » (pour Inspecter), qu’il me rappelait sa mère, à vouloir toujours connaître tous les détails.

En parlant d’elle…

Nous en sommes au Niveau Huit quand Nella se joint à nous, vers six heures. Un peu à regret je sauvegarde la position de jeu et j’éteins la console, juste au moment où Lord Teebee vient d’abandonner son armure pour s’engager dans un tunnel étroit.

Nous passons encore une heure à bavarder à trois, puis Nella et moi rentrons dîner.

J’ai très envie de parler de la prouesse d’Ottavio mais, sachant que nos jeux électroniques agacent prodigieusement sa mère, j’hésite.

Nella ne se retient pas, à croire que je dissimule assez bien mon manque d’intérêt, pour me faire part de mille et une anecdotes qui ont émaillé sa journée dans l’étude de Maître Cardini. J’apprends donc que Berguamani, qui tient le magasin de chaussures de la Piazza del Populo, est en fait d’origine suédoise et que le vrai nom de ses ancêtres, arrivés dans le Nord de l’Italie vers 1700, était Bergman. Comme le cinéaste, oui !

Cela m’indiffère autant que les problèmes d’héritage dudit Berguamani et, entre nous, autant que tous les problèmes d’héritage de quiconque au monde, qu’il possède un magasin de chaussures ou non et qu’il soit d’origine suédoise ou bantoue. J’admire l’abnégation avec laquelle Nella met ses connaissances du droit au service d’un travail de premier clerc de notaire qui me semble hallucinant d’ennui.

Ceci dit, son anecdote me permet peut-être de lui parler de Lord TeeBee dont Ottavio a découvert le vrai nom aujourd’hui ?

Erreur.

A peine ai-je fait part de notre avancée vers le Niveau Six, que Nella, déjà un peu irritée par le fait que j’ai oublié d’acheter du pain, commence une tirade :

« Je te parle de gens vrais. De gens qui existent. Berguamani tient un vrai magasin qui vend de vraies chaussures en cuir de vraies vaches. On pensait qu’il venait de Bergamo. C’est une ville qui existe, Bergamo, au Nord de Milan. Mais non, sa famille a quitté la Suède en fuyant une vraie famine, au 18me siècle et s’appellait vraiment Bergman. Comme le cinéaste. Je ne suis pas dans un monde imaginaire, moi ! T’es en train de devenir un personnage de jeu vidéo, Pasquale ! Tu m’exaspères. Je suis à bout. »

Elle se met à pleurer.

Si j’étais Lord Teebee, si j’avais sa bravoure, et surtout, si j’avais une arme ou une armure que je puisse déposer, quitte a avancer plus vulnérable, je le ferais.

Mais je suis déjà désarmé.

Je débarrasse la table.

Commentaires

Oh, pauvre narrateur désarmé ! ;o)

Dis, Peter, la phrase "Sachant que les jeux électroniques l’agaçant plutôt prodigieusement, j’ai très envie de lui parler de la prouesse d’Ottavio mais j’hésite." est relativement alambiquée, je trouve. Peut-être qu'écrire "l'agacent prodigieusement" aurait suffi à faire une phrase moins indigeste.

Alors comme ça, t'es parti pour nous écrire une histoire de louve ? Hum hum... Curieuse de lire ça ! ;o)

Ecrit par : Caro La vie en rose | 24.02.2006

Kikoo Caro !!!

Merci, pour la remarque, oui il y avait une erreur doublée d'une maladresse... c'est réparé, je crois !

Désarmé, oui. Pas à pas, en fait, il perd ses armes mais, hélas, n'en reçoit pas d'autres, contrairement à Lord TeeBee.

Euh, te connaissant... ne cherche pas la trilogie pour l'anniversaire d'un neveu hein !!! Elle est tout aussi imaginaire que le DAMB !

Le jeu vient fournir une métaphore de plus (je ne m'y attendais pas, promis juré craché) pour l'un des thèmes d'une histoire qui est déjà métaphorique en soi...

Voilà qui m'aide à me satisfaire du développement de ce seul récit. Nos autres déjantés (james, agnès, eva) se reposeront donc jusqu'à nouvel ordre !

Puis - entre nous - j'ai envie que ça avance, que ça devienne moins triste, moins noir, moins froid.

Autant Popladina! pouvait me mettre de bonne humeur, autant cette histoire-ci me laisse parfois triste, confus, abattu.

Si seulement Donatella se mettait un peu à nous éclairer ou réchauffer tout ça... mais non, ce n'est pas encore pour demain, non...

Ecrit par : Peter | 24.02.2006

Et les seins de Nella, y sont plus magiques ? Dommage !

Ecrit par : Caro La vie en rose | 24.02.2006

Bon, ben, comme t'as corrigé, tu peux effacer ma remarque, non ?

Sinon, tout le petit monde qui passe par ici va me prendre pour une affabulatrice... Je n'aimerais pas trop ça... Tu sais bien... Le regard des autres... ;o)

Ecrit par : Caro La vie en rose | 24.02.2006

Oh ben hein :)

Pour ce qui concerne les seins de Nella, je ne sais pas si ELLE était tellement heureuse que son homme se cache, là, la laissant seule devant toute une série de démarches et de défis... ?

On la voit ici un peu excédée, tout de même !

Ecrit par : Peter | 24.02.2006

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