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27.02.2006
7 - L'échelle de Bateson-Martini
Ce matin, j’ai retrouvé le rapport de Carla. Par hasard, en rangeant des documents.
C’est faux. Je vous mens comme si je parlais à Nella et comme si je cherchais à éviter un reproche.
Je recommence.
Ce matin j’ai voulu retrouver mon rapport d’évaluation, rédigé par une consultante de la société de recrutement Bateson & Martini. On avait cru courtois de le joindre à ma lettre de licenciement. Pour information. Pour m’aider. Pour que je puisse m’en inspirer, me remettre en question et mieux «me vendre» à un autre employeur. Oui. Le partage figurait, je crois vous l’avoir déjà dit, parmi les trois valeurs qui inspiraient les employés et le management d’ItalPur. Dans cet esprit, il était donc aussi naturel que souhaitable que j’apprenne ce que Carla avait écrit sur moi.
Je n’ai pas lu son rapport quand je l’ai trouvé dans le courrier, au début du mois de janvier de l’année passée.
Y voyez-vous une preuve parmi d’autres de la rigidité intellectuelle que la consultante avait justement observée chez moi ? Libre à vous…
Je n’ai pas lu ce rapport et j’ai refusé d’en parler avec Nella qui avait eu la curiosité de le parcourir. Il y a dix minutes, je me demandais d’ailleurs si ce n’était pas elle qui l’aurait classé, car il lui arrive de mettre de l’ordre dans mes papiers. J’ai même failli l’appeler à l’étude, pour lui demander si elle ne se souvenait pas d’une chemise cartonnée rose au logo de Bateson & Martini, mais elle déteste que je vienne interrompre son travail pour des choses qui peuvent attendre le soir, à son avis.
Moi, je ne voulais pas attendre. Je désirais mettre la main sur ce document maintenant, dans le but, je dis cela sans ironie aucune, d’y trouver quelques éléments nouveaux que je pourrais partager avec vous.
J’aimerais comprendre ce qui m’interdit de vous faire un récit cohérent, fluide, chronologique. N’avez-vous pas le sentiment que je m’interromps sans cesse ? Qu’aucune de mes réflexions n’aboutit ?
Le diable doit savoir où se trouve cette fichu chemise rose que je cherche depuis deux heures, mais je me suis souvenu, tout à coup, que j’avais reçu une copie électronique par courriel et je viens de l’imprimer, à l’instant.
Vingt pages de considérations mûrement réfléchies sur ma petite personne !
Dans un fichier séparé, deux feuilles de calcul avec des tableaux synoptiques et un joli graphique indiquant ma position sur l’échelle des facultés communicationnelles de Bateson-Martini.
Je ne vous tiens pas en haleine plus longtemps. Pour une fois, allons à l’essentiel.
Mon score était de Trois.
Trois sur Douze.
Oui.
Les notes accompagnant l’échelle sont sans appel.
Un EFC de Trois correspond, typiquement, à un profil de laveur de vitres. Pour conduire un bus ou un tramway, Bateson-Martini recommande un EFC de Quatre ou plus. Par contre, pour assembler des chemises simples (sans pochette ni manchettes sophistiquées) dans un atelier de confection bien organisé et sous supervision constante, il semblerait qu’un EFC de Deux soit largement suffisant.
Non, de découvrir cela ne m’inspire aucune amertume. La métaphore me semblerait même plutôt séduisante, à vrai dire.
Peut-être lisez-vous en effet les réflexions d’un laveur de vitres qui n’a jamais été que le témoin furtif d’une série d’instants de vie dont il ignore la cohérence. Il les visite, brièvement, un seau d’eau et une éponge à la main. Dès qu’on y voit plus clair, il s’éloigne. D’autres carreaux souillés l’attendent.
Pourquoi pas ?
De toute manière, avec mon EFC de Trois, je crains que je ne puisse pas faire beaucoup mieux. Même dans les transports en commun, sur lesquels j’ai pourtant beaucoup appris depuis que je n’ai plus de voiture, ma place doit rester celle d’un passager qui se laisse conduire par des personnes plus communicatives que lui !
Je m’en voudrais de ne pas terminer sur une note rassurante. Il semblerait, toujours d’après le rapport de Carla, que j’aie quelques réelles compétences en électronique appliquée. Hélas, pour une fonction d’ingénieur chez ItalPur, même avec un statut de « junior » sans responsabilités, il faut un score de Neuf ou plus, sur l’échelle de Bateson-Martini.
N’en parlons plus.
J’étais vraiment très loin du compte.
13:50 Publié dans 1 - Hockenpock | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pensées & écritures

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