<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="/atom.xsl" ?> <feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xml:lang="fr"> <title>En fait non</title> <link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://petales.blogspirit.com/atom.xml"/> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/" /> <subtitle>Quelque part</subtitle> <updated>2008-08-21T01:13:01+02:00</updated> <rights>All Rights Reserved blogSpirit</rights> <generator uri="http://www.blogspirit.com/" version="5.0">blogSpirit.com</generator> <id>http://petales.blogspirit.com/</id>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>Parenthèse 4</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/04/17/parenthese-4.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-04-17:716011</id> <updated>2006-04-17T15:29:02+02:00</updated> <published>2006-04-17T15:29:02+02:00</published>   <category term="5 - Parenthèses" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <summary> Hop, nouvelle version du 27.   Pasquale renaît.   :-)   &amp;nbsp; </summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Hop, nouvelle version du 27.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pasquale renaît.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;:-)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>27 - Tout plein d'olives vertes pour Peggy</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/04/13/27-tout-plein-d-olives-vertes-pour-peggy.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-04-13:707975</id> <updated>2006-04-13T17:50:00+02:00</updated> <published>2006-04-13T17:50:00+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> Peggy adore les olives. Les vertes, pas les noires.   Fabrizio nous...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Peggy adore les olives. Les vertes, pas les noires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fabrizio nous rejoindra plus tard. Il y a un marché aux puces, le lundi de Pâques, à Santa Croce. Il espère y dénicher un ventilateur pour le monter dans la cheminée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude fait des pirouettes, lance la pâte en l’air, ne la rattrape pas toujours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio rit, dispose tout plein d’olives vertes sur une pizza qu’il garnit pour Peggy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la terrasse, le vieux papy de la fillette fume en compagnie de Nella qui lui tient sa cigarette. Elle croise mon regard, me sourit. Ottavio lui a fait des confidences, hier, dans le jardin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je crois qu’on est bon, là…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella vient de passer la main au-dessus de la plaque de cuisson et me fait signe que je peux tenter une première fournée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un jour, au retour d’un déjeuner particulièrement décevant, l’infirmière avait maudit le monde en général, l’Ospedale San Benedetto en particulier et pour conclure, avec une mention toute spéciale, le Restomobile et sa malbouffe industrielle. Ottavio s’était mis à pleurer. Il tenait à elle, avait peur qu’elle ne démissionne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je peux le faire, papa ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous observons mon fils. Il manœuvre la pelle comme s’il avait cuit des pizzas durant toute sa vie !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella se tient encore très près de moi et j’en profite pour demander à voix basse :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’était son idée, alors ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle ne répond pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est mon fils qui a voulu construire ce four ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se tourne vers Ottavio.&lt;br /&gt; «Ne la cuis pas trop, pour le papy de Peggy. Monsieur Giacomo n’a plus toutes ses dents.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude semble avoir entendu ma question et fuit mon regard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio transpire devant le four, surveille la cuisson, captivé. Il est vrai qu’un ventilateur ne sera pas un luxe, en été. Des bouffées d’air chaud répandent des odeurs de pain, d’origan et de mozzarella dans la chambre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se met à pleuvoir et Nella nous rejoint avec le vieux monsieur Giacomo. Quand elle immobilise la chaise roulante devant la table de jeu, la tête du vieillard nous refait ses petits mouvements de basset.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella allume le lustre un peu kitsch. Elle aurait donc mis son père et son cousin à contribution pour réaliser le projet fou d’un de ses patients ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Emmurés en-dessous du four dont Ottavio vient d’extraire la première pizza, je devine nos guerriers du bien et du mal qui fondent et se confondent sur les carreaux roses et noirs du redoutable royaume de Hockenpock.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Et une molle, une !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude dansote avec l’assiette qu’il dépose devant Peggy. Elle se met à découper de tout petits morceaux pour son papy.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Encore quelques minutes pour la spéciale olives vertes de la demoiselle !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella se tient près de moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle m’embrasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu t’es levé, cette nuit ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’arrivais pas à trouver le sommeil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai allumé l’ordinateur pour retrouver le message de Dimitri concernant cette&amp;nbsp;société qui cherche un ingénieur sur Cuneo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je t’ai entendu imprimer quelque chose, non ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon CV. A toutes fins utiles, j’ai mentionné mes nouvelles connaissances en anglais. Je me suis dit qu’il faudra refaire une photo, aussi. Dans la salle de bain j’ai surpris l’expression de mon visage qui n’est pas celle d’il y a deux ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Qu’est-ce que tu farfouillais dans la salle de bain ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je rougis. A-t-elle vu la lumière s’allumer et s’éteindre ? J’ai dû rester là une demi heure au moins à répéter un rituel ridicule. J’actionnais l’interrupteur, clignais des yeux, m’observais un instant, me replongeais dans le noir, recommençais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Prosciuto pour toi, Papa ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parfois, je retrouvais le visage d’un homme serein qui rassure une dame inquiète. Nous avons bon espoir, disait-il. Un instantané parfait pour un futur emploi un peu plus commercial que technique comme celui que propose cette petite entreprise milanaise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ajoute encore un peu de mozzarella, Claude, mon papa il adore le fromage ! »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A d’autres moments, je surprenais un regard sévère. Celui qui impressionne Donatella quand elle redoute que je vais me fâcher ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Elle chauffe un max, ta résistance, Papa !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me vient de mon père, cet air de reproche. Tu n’es qu’une chiffe-molle romantique, Pasquale ! Qui t’empêchera de rêver quand je ne serai plus là ? C’était son message d’adieu peu avant que le cancer ne l’emporte. Qu’il repose en paix. Je me suis débrouillé tout seul pour m’interdire d’espérer. Il peut être fier de son fils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu l’aimes un peu trop cuite, hein oui ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis il y eut des larmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ça va ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un torrent de larmes. Je me suis assis dans le noir, sur le carrelage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oui.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je rassure Nella, prends Ottavio dans mes bras, l’embrasse lui dis que je l’aime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Faudrait pas qu’elle crame, tout de même !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se dégage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella m’interroge toujours du regard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«En fait, je prenais les mesures pour un nouvel évier.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de la semaine prochaine, Ottavio passera tous les samedis et dimanches avec nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela transformera son séjour long en une série d’hospitalisations brèves. Statistiquement, cela fait preuve d’une gestion plus saine. Le Docteur Aldini augmente ainsi ses chances d’avoir de nouvelles responsabilités quand San Benedetto fusionnera avec trois autres cliniques de taille trop modeste pour être efficaces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand je me suis relevé, je n’ai plus actionné l’interrupteur. Dans la pénombre, j’ai cru voir les yeux d’un enfant.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>26 - La longue vie d'Isabella Blumenstein</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/04/13/26-la-longue-vie-d-isabella-blumenstein.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-04-13:707138</id> <updated>2006-04-13T12:06:06+02:00</updated> <published>2006-04-13T12:06:06+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> Nella dort déjà. Assis sur le lit je regarde, par la fenêtre de notre...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Nella dort déjà. Assis sur le lit je regarde, par la fenêtre de notre chambre, la silhouette sombre que dessinent, au-dessus des maisons, les derniers étages de la tour carrée de l’Ospedale San Benedetto.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fin de soirée, le ciel est redevenu gris et lourd, sans quoi on distinguerait plus clairement le grillage métallique qui ceint le toit plat du bâtiment et le fait ressembler à une cage immense, comme on en voit dans un zoo ou un cirque. Donatella m’en a expliqué l’origine. Il y a quelques années, un déséquilibré s’était réfugié là-haut durant plusieurs jours. Quand on a fini par le retrouver il s’est jeté dans le vide, fuyant les infirmiers qui cherchaient à le maîtriser. Depuis…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ils auraient dû attendre.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis, une nouvelle porte blindée, commandée par des cartes magnétiques, interdit aux patients de s’évader de l’unité psychiatrique. Elle est flanquée d’une caméra de surveillance devant laquelle je croise parfois des visiteurs qui attendent patiemment qu’on vienne leur ouvrir. Je presse alors le pas pour contourner l’ascenseur et retrouver l’escalier qui mène à la salle de réunion où me reçoit le Docteur Aldini. Vu de l’extérieur, ce troisième étage, où j’évite de m’attarder, m’intimide déjà par les barreaux devant ses fenêtres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il serait bien descendu manger ou boire.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au toit de la tour, il ne permet désormais plus de s’envoler vers d’autres vies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Comme le noiraud sauvage, chez Nonnina ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le récit de Donatella avait intrigué Ottavio. Aurait-il suffi d’attendre que le malade cherche à se nourrir ? Fallait-il laisser une assiette avec un panini sur une marche de l’escalier de service qui mène au toit ? Y joindre une bouteille d’eau minérale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’était bien d’une telle manière que la Nonnina s’y était prise pour gagner la confiance d’un chat farouche qui rodait dans son jardin. Jour après jour, elle avait déposé, devant la porte de sa cuisine, un bol avec un peu de lait. Ottavio, qui devait avoir sept ou huit ans, était impatient de caresser l’animal, se faisait alors gronder par sa grand-mère mais fut récompensé quand, au bout d’une semaine, la grosse boule de fourrure noire ronronnait sagement sur ses genoux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet après-midi, assis sur le lit de mon fils, je me sentais à l’écart de tous ceux qui s’agitaient dans la chambre. Chacun s’affairait comme s’il avait sa feuille de route et savait très exactement ce qui était attendu de lui. Peut-être que le fou sur le toit avait cherché à fuir un monde où il ne trouvait pas sa place ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le document du Docteur Aldini, que j’avais repris en main et que je faisais semblant d’examiner, me donnait une contenance. Je n’y comprenais rien, à vrai dire, mais cela m’importait peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait les courses à ranger. Une résistance électrique à monter dans le four. Une pierre à transporter dont j’ai entendu dire qu’elle se trouvait dans la fourgonnette de Fabrizio. Un évier à fixer au mur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne participais à aucune de ces activités et personne ne semblait m’y inviter. Est-ce que mon attitude était devenue celle d’un animal méfiant, prêt à s’enfuir à la moindre tentative d’approche ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est sûr, c’est que je m’étais déjà montré passablement agacé en apprenant que Donatella, Claude et Ottavio n’étaient pas partis à Ventimiglia, la veille. Voilà qui expliquait l’avancement des travaux qui m’avait tant surpris ! Ils nous avaient menti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon fils s’est mis a bredouiller. Il rougissait, me jurait que c’était lui qui avait préféré donner un coup de main à Fabrizio, plutôt que d’aller pique-niquer sur la plage. J’aurais dû m’en réjouir. C’était un nouveau signe, tant de la vitalité de notre enfant que de la confiance qu’il retrouvait dans ses facultés. Il a d’ailleurs voulu me montrer les briques qu’il avait maçonnées lui, tout seul, près du mur. Je ne me suis pas levé. C’est Nella qui l’a suivi pour admirer le travail et pour le féliciter, après quoi ils sont partis se balader dehors. Passant devant moi avant de sortir par la terrasse pour descendre dans le jardin par l’escalier extérieur, elle m’a pris le formulaire des mains, s’est retournée, l’a remis à Donatella et m’a lancé sèchement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est bon, j’ai signé.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n’y avait ensuite plus que l’infirmière et moi, dans la chambre, les hommes étant partis chercher des outils, ou la pierre, ou du ciment, je n’en savais rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous voulez que je vous explique ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils saccageaient tout. Elle, son père, son cousin. Ils avaient même réussi à embrigader Ottavio. Sans l’accord de quiconque, ils avaient envahi cette chambre spacieuse où je venais me réfugier pour regarder la télévision avec mon fils, pour jouer à la console électronique, pour construire des personnages en Lego qui incarnaient les forces du bien et du mal et qui se combattaient sur les carreaux roses et noirs du redoutable royaume de Hockenpock…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est à cause de la fusion, en fait…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dont il ne reste rien ! La maçonnerie de leur fichu four à pizza prend appui sur le carrelage et en épouse les contours. De tous les territoires imaginaires de la chambre, Hockenpock est le premier à disparaître mais d’autres suivront, j’en suis sûr.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ça vous semblera un peu étrange, mais bon…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle a pris sa voix la plus douce, celle qu’elle réserve d’habitude à Ottavio, quand elle l’encourage à s’exercer et qu’elle ajuste patiemment les réglages de sa prothèse. Ce n’est pas son rôle, non ! Il y a un spécialiste qui est supposé en savoir bien plus qu’elle sur tout ce système myoélectrique sophistiqué. Il voit Ottavio une dizaine de minutes, chaque semaine. Elle pense que c’est insuffisant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il faut savoir que nous serons jugés, enfin, que le Docteur Aldini sera jugée sur la performance de son service.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assise sur la table de jeu, Donatella tenait le document tourné vers moi comme pour me permettre de vérifier ses dires. Pour une fois, elle gardait un peu de distance. Me sentait-elle sur le point de me lever et de partir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«La direction des nouvelles unités sera confiée aux médecins les plus compétents.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Là voilà encore à jouer un rôle qui n’était pas le sien. Le Docteur Aldini aurait dû m’apprendre tout cela !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Alors pour les statistiques, vous comprenez…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Assis sur le lit de mon fils, dans cette chambre transformée en chantier, je ne comprenais plus ni la vie ni les gens ni leurs soucis ni leurs ambitions. Tout cela ne me concernait pas. Je n’y étais pour rien. Que pouvait bien m’importer le contenu de ce document, si même la guérison d’Ottavio…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je frissonne, me lève, ferme la fenêtre, reviens m’asseoir. Nella se retourne. Toussote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Guérison. Le mot est le seul qui convienne. Il m’effraie, me laisse totalement désemparé. Je ne suis pas Donatella. Je n’ai pas son goût pour l’improvisation. Le seul rôle que je connaisse encore est celui du papa d’un enfant atteint de la déficience acquise de Millet-Bowden. Paradoxalement, cette guérison, puisqu’il faut l’appeler par son nom…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu ne dors pas ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Si, si, je me couche…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette guérison me semble tout aussi injuste que la maladie elle-même. Elle est inespérée, elle devrait me combler. Ce que nous voyons ne permet plus le moindre doute sur l’évolution rapide et favorable de l’état de santé d’Ottavio. Quel parent ne serait pas fou de bonheur quand son enfant renaît à la vie alors qu’il semblait condamné à souffrir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l’ai découvert, aujourd’hui. Je ne me suis pas levé pour admirer le pan de mur que mon fils avait maçonné, la veille. Voyant le garçon si joyeusement complice avec Donatella, Claude et Fabrizio, je me suis soudain senti parfaitement inutile. Ottavio prenait son envol comme si tout ce temps que nous avions passé ensemble n’avait jamais existé. Sa guérison avait quelque chose d’insolent, ressemblait à une trahison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout à coup, je me voyais irrémédiablement destiné à faire de la figuration dans la vie des autres. De temps en temps, il m’arriverait encore de tomber bien. Pour tenir une porte. Pour transporter un évier. Pour signer un document. Parfois, quelqu’un se donnerait la peine de m’informer et ferait mine de m’associer vaguement à son projet. Ce serait une courtoisie superflue. Je ne poserais plus de questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n’y avait rien à comprendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dépitée par mon manque d’intérêt, Donatella venait de replier le formulaire pour le glisser dans une poche de sa blouse blanche quand la porte s’est ouverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«On aura besoin de vous deux, là !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fabrizio et Claude sont revenus, charriant une pierre en granit bleu sur cette même civière qui leur avait déjà servi au transport des briques. En s’approchant, on pouvait lire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Isabella Blumenstein&lt;br /&gt; 1998 – 2003&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avaient-ils poussé la folie au point de dérober la pierre tombale d’une enfant ? J’ai bousculé Claude pour m’engager dans le couloir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Attendez, Monsieur !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’étudiant m’a suivi, s’est empressé de me rassurer. En réalité, la regrettée Madame Blumenstein avait vécu plus que centenaire. Le graveur s’était trompé de siècle. Comme si cette erreur ne suffisait pas, il avait également tracé une croix plutôt qu’une étoile de David. Avec tout ça…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«La pierre était fichue. Il nous l’a cédée pour trois fois rien, d’autant plus que c’est le papa d’une copine de fac.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Récupérer tout et n’importe quoi, voilà un autre trait commun aux membres de la famille de Donatella. Si le gène du recyclage existe, on le découvrira en analysant leurs chromosomes. Il doit être voisin de celui de l’opportunisme. Leur projet avance plutôt bien, non, maintenant que mon fils est assez valide pour leur prêter main forte ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Et qu’il avait un verre dans le nez.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà ! Une résistance électrique dans un vieil autoclave, un évier dans un pavillon désaffecté, une pierre tombale chez un graveur alcoolique…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai fait demi-tour. Où comptais-je aller, d’ailleurs, en m’éloignant ainsi de la chambre ? Sur le toit ? Ils étaient les plus forts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Plus réfractaire que ça, tu meurs !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La centenaire ? Il l’avait connue, Fabrizio ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Non, pour la cuisson, le granit, vous verrez !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n’étions pas trop de quatre pour retourner l’épaisse pierre tombale et pour l’amener devant le four où elle ferait désormais office de plaque de cuisson.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Passez derrière avec Do, vous nous guiderez.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’ai pas obéi tout de suite, car je venais de découvrir quelque chose à l’intérieur du four. Fabrizio a suivi mon regard, haussé les épaules :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est le gamin qui a voulu ça.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dame Babiglieri, quatre Chatons Furieux, un Valet sur les carreaux roses. Une douzaine de Hocks et de Pocks sur les noirs. Ottavio avait tenu à mettre en scène un combat héroïque avant que tous nos personnages ne soient emmurés à tout jamais. Je me penchais, contemplais une dernière fois le redoutable royaume que la pierre tombale d’Isabella Blumenstein allait recouvrir, dans quelques instants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ils vont fondre, non ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A moins d’un mètre au-dessus du petit peuple en Lego se trouvait l'élément chauffant,&amp;nbsp;une&amp;nbsp;résistance électrique puissante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je lui ai dit, Signor Ingeniere...»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je ne suis que le chef de chantier, moi !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un clin d’œil. À moi ou à sa fille ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je suis les instructions du maître d’œuvre.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella s’est mise à ronfler. Elle refuse de me croire quand j’affirme que ça lui arrive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me couche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut avouer qu’elle ne fait pas beaucoup de bruit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce serait plutôt comme un ronronnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rassurant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>25 - Bon espoir pour Marco</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/04/05/25-bon-espoir-pour-marco.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-04-05:688025</id> <updated>2006-04-05T17:40:00+02:00</updated> <published>2006-04-05T17:40:00+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> Qu’est-ce qui m’a pris de répondre à cette dame ?   Quand nous traversons le...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Qu’est-ce qui m’a pris de répondre à cette dame ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand nous traversons le hall d’entrée pour rejoindre l’escalier qui mène au deuxiè3me étage, Donatella porte un baluchon improvisé, fait d’un drap vert contenant tout ce que nous avons prélevé sur l’autoclave. Quant à moi, j’ai obéi quand elle m’a demandé de prendre la boîte à outils. Je tiens aussi une belle pochette blanche scellée, annonçant, en grande lettres, que son contenu est stérile mais qui enveloppe, en réalité, mon pantalon de ville trempé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tout ira bien, Docteur ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est une petite femme au cheveux gris, toute de noir vêtue, qui nous rejoint au moment où nous allions nous engager dans la cage d’escalier. Soixante-dix ans ? Au moins. Toujours vive, en tout cas. Je n’ai aucune idée d’où elle a pu surgir, mais elle se tient maintenant devant nous, vient de poser une main sur mon bras, me fixe, attend une réponse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Nous avons bon espoir, Madame.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m’entends dire cela !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce en écoutant le Docteur Aldini que j’ai appris qu’un médecin ne dit pas « je » ? Nous ne savons pas. Nous allons essayer un nouveau traitement. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Nous…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est un bon garçon, vous savez…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement que Donatella vient à mon secours car je ne sais plus trop quoi dire, au-delà de cette petite phrase qui a dû sonner juste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous pouvez aller le voir. Venez.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, se tournant vers moi :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«J’en ai pour une minute, Docteur. Je vous rejoins à l’étage.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La petite dame me lâche le bras mais ne consent pas à me quitter ainsi. La voilà qui ouvre son grand sac noir et en sort une jolie boîte de chocolats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tenez.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’infirmière me fait signe d’accepter mais j’ai déjà les mains pleines, moi…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Buona Pasqua !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Me voilà qui monte l’escalier tenant mon enveloppe blanche dans une main, portant une boîte à outils de l’autre et serrant sous le bras ce cadeau que je ne mérite pas. Je devrais me sentir un peu coupable mais je suis, à vrai dire, surtout très impatient de retrouver Ottavio. Vaguement curieux, aussi, de voir où en est la construction de ce four à pizza ? J’hésite à me l’avouer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai pourtant tout loisir d’admirer le travail de maçonnerie du papa de Donatella et de m’étonner de ce qu’il a réussi à faire en un seul jour. Il n’y a personne, dans la chambre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un petit billet jaune, collé sur la porte, vient de m’annoncer :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Sommes partis faire le marché avec Claude.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;J’ai signé le papier.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;Bisou !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il m’était totalement sorti de l’esprit, ce document que m’a remis le Docteur Aldini, vendredi. Je le découvre sur la table de jeu et m’apprête à le lire quand j’entends :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Signor Ingeniere !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une voix. Pendant quelques secondes j’ai le sentiment affolant d’avoir sombré dans la démence. Parfaitement seul au beau milieu de cette grande chambre baignée de lumière, me voilà qui délire. Un fantôme de mon passé récent vient me hanter et m’affirmer que je suis un homme, un ingénieur, un…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Hého !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les contours pratiquement achevés du four dessinent, autour du futur espace de cuisson, un dôme qui culmine à hauteur d’homme et au-dessus duquel, par un trou dans le plafond, je vois d’abord une moustache démesurée avant de rencontrer le regard de…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Fabrizio ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Ravi. C’est bien lui, le chef de chantier de la Compagnie des Eaux que je reconnais maintenant, pour avoir travaillé avec lui, il y a plus de dix ans, je crois, à mes débuts. Les circonstances ne prêtent pas à d’autres politesses car il se tient sur le toit et il lui faudrait un petit coup de main, là, tout de suite. Je ne dois pas le rejoindre, non, je peux rester ici, dans la chambre. Si je pouvais déplacer la table et monter dessus pour tenir un instant le grand tube en acier qu’il va passer par le trou, mais sans m’appuyer trop contre la maçonnerie, parce que le ciment…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m’exécute. Diable, c’est de lui que Donatella tient sa manière de me diriger en me signifiant, d’une manière à la fois subtile et sans équivoque, que toute objection serait vaine !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son papa a dû lui apprendre que le monde n’est rien d’autre qu’un chantier. Une ampoule à changer dans le lustre un peu kitsch. Un réglage patient à faire pour qu’Ottavio maîtrise mieux sa prothèse. Une résistance à récupérer dans un vieil autoclave. Une dame à guider vers la chambre de son fils ou de son petit-fils. Elle voit ce qu’il faut faire, le fait et ne doute pas une seconde de votre désir de le faire avec elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous le tenez ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Je tiens le tube qui vibre un peu, maintenant. J’entends une foreuse, vois tomber des éclats de métal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aurait-elle mobilisé son papa pour la construction de ce four à pizza avec ce même ascendant naturel qu’elle semble avoir sur moi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«On est bien droit, là ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suppose, oui. En tout cas, l’extrémité basse du tube se trouve exactement dans l’axe de l’orifice réservé dans le dôme. Quelques trous encore, le bruit d’un tourne-vis à cliquet, je crois qu’on appelle ça un racagnac et puis…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Super. Grazie mille. J’arrive !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je perçois encore un air de famille, là. Avec Fabrizio, comme avec sa fille, il semblerait que quiconque croise leur chemin tombe bien. C’est un peu comme s’ils vous attendaient, justement, pour les aider. Après quoi, vous serez félicité et remercié mille fois par l’un ou embrassé furtivement par l’autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’aimerais m’en irriter, les juger opportunistes ou pire, inconscients. Quelque chose me l’interdit. Quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oh, vous pouvez tout lâcher, là !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis encore debout sur la table de jeu à tenir ce tube en acier quand Fabrizio entre par la porte de la terrasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous avez la résistance ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. J’explique que Donatella viendra nous l’apporter, qu’elle devrait arriver d’une minute à l’autre, pendant que son père m’examine, semble me jauger puis en arrive à cette conclusion qui paraît le contrarier un peu :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«On attendra Claudio, pour la pierre.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas de quoi il est question, mais attendre me convient parfaitement. Je reprends le document que Nella a signé et m’éloigne déjà pour aller m’asseoir sur le lit d’Ottavio. Le moustachu me rappelle à l’ordre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«L’évier, celui-là on peut le monter à deux, facile.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien entendu ! Où avais-je la tête ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ce sera plus court par ici.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis Fabrizio. Sur la terrasse, devant le petit portillon, le voilà soudain respectueux des convenances. Il y tient, le Signor Ingeniere passera devant. Je descends donc en premier le frêle escalier métallique en colimaçon qui mène au jardin et qui tremble dangereusement à chaque pas que fait le chef de chantier derrière moi. Si j’ai une tête de plus que lui, je ne serais pas surpris d’apprendre qu’il a le double de mon poids !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Y avait-il un évier, dans ce petit pavillon au bout de l'allée,&amp;nbsp;où il m’est arrivé de venir jouer avec Ottavio, l’été dernier ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Attendez !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je tiens la porte grande ouverte pendant que Fabrizio se sert d’un pot de fleurs débordant de mégots pour venir la bloquer. Oui, nous nous comprenons à demi-mot, maintenant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De toute évidence ce refuge au bout du jardin n’a plus d’autre ambition que d’accueillir, sur son porche de style américain, les malades qui s’entêtent à fumer. Les volets sont fermés, quelqu’un a vidé les luminaires de leurs néons et ce qui était une salle de jeu pour les enfants n’est plus qu’un espace sombre, humide, vide. Presque vide, car dans un coin, posée sur le plancher, se trouve une masse blanche vers laquelle Fabrizio avance d'un pas décidé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus tard, quand nous déposons la chose au pied de l’escalier et que je m’assieds, essoufflé, sur&amp;nbsp; la troisième marche, le chef de chantier juge opportun de me gratifier d’un clin d’œil complice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est votre fils qui nous a dégoté ça, l’autre jour !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voit-il à quel point que je maudis le «ça» qui doit peser une tonne et que nous avons trimbalé d’un bout à l’autre du jardin dans cette allée qui ne m’a jamais paru aussi longue et stupidement sinueuse ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S’il pense me réconcilier avec «ça» en flattant ma fierté paternelle, il se trompe !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me relève et jouis pleinement du privilège de passer devant lui, cette fois-ci encore, pour me contenter de guider, en ingénieur averti, l’ascension de l’encombrant évier en fonte émaillée. Fabrizio en supporte seul tout le poids sans rechigner et sans bruit. En ferait-il, je ne l’entendrais probablement pas car le vieil escalier proteste sans arrêt, alternant entre grincements languissants et craquements inquiétants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’ose imager combien doit peser cette pierre dont il a dit qu’il valait mieux que nous la portions à trois. Surtout qu’il me paraît un peu optimiste de compter sur son neveu, le chanteur de disco en chemise satinée qui…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui m’attend, justement, en compagnie d’Ottavio, sur la terrasse !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous permettez, Monsieur ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le beau Claudio en t-shirt et jeans on ne peut plus classiques me contourne de deux pas de danse que le sont beaucoup moins pour venir prendre la relève.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’embrasse Ottavio, entre avec lui dans sa chambre, retrouve Nella.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu m’as l’air un peu harassé, chéri…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assis sur le lit à côté de mon épouse, le gamin sur les genoux, je vois maintenant passer deux hommes, l’un jeune, mince, féminin, l’autre moustachu, plutôt trapu, la cinquantaine très enveloppée, porteurs d’un grand évier blanc. Ils se dirigent allègrement vers l’autre bout de la chambre. Je rêve ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il n’a pas l’air tellement lourd !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ose Nella.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je soupire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu ne trouves pas qu’il est à croquer, notre fils ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, ce nouveau sweater lui va merveilleusement bien. Puis pour la taille, on a bien fait, il ne fallait pas plus grand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il est comme toi. C’est votre teint qui veut ça. Le blanc ça vous rend irrésistibles…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute. Pour l’heure, j’associe&amp;nbsp;la couleur&amp;nbsp;avec cet évier qui pèse une tonne et avec un vieil autoclave incontinent, mais je vais me réveiller et tout sera comme avant. La chambre d’Ottavio redeviendra ce qu’elle a toujours été, un bel espace lumineux aux dimensions un peu surprenantes avec, près de la porte, un carrelage rose et noir où mon fils et moi combattons les redoutables sujets du royaume de Hockenpock. J’ai dû m’assoupir durant l’une ou l’autre bataille particulièrement éprouvante, épuisé par la bêtise insondable des Pocks autant que par la méchanceté perverse des Hocks.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;« Vous avez été génial ! »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà Donatella. Ai-je vraiment envie de l’entendre ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Elle est toute calme, là. Je l’ai laissée près de son petit-fils. Elle lui tient la main. Elle lui parle…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«La petite dame que vous avez rassurée, tout à l’heure.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il est dans le coma. Un accident de moto.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Son petit-fils. Marco, qu’il s’appelle.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella m’interroge du regard. Donatella répond pour moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Votre mari a rassuré la dame et il a bien fait. Elle était vraiment dans tous ses états. La réceptionniste lui avait dit qu’elle ne pourrait pas voir le médecin avant mardi. Elle était totalement désemparée. Mais là elle est sereine. Grâce à Monsieur.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio m’embrasse puis déclare fièrement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il est génial, mon papa !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soit. Je consens à dormir encore un peu.&lt;br /&gt; &amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>Parenthèse 3</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/04/02/parenthese-3.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-04-02:679825</id> <updated>2006-04-02T17:32:13+02:00</updated> <published>2006-04-02T17:32:13+02:00</published>   <category term="5 - Parenthèses" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <summary> Je viens de modifier le 20, 21 et 24 après une critique sévère qui&amp;nbsp;me...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Je viens de modifier le 20, 21 et 24 après une critique sévère qui&amp;nbsp;me semblait justifiée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'importance que pouvait avoir le &quot;noeud&quot;&amp;nbsp;est clarifiée&amp;nbsp;dans le 20 et le 21. J'ai introduit d'autres signes d'une amélioration (mouvements, expression) incontestable de l'état d'Ottavio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le 24, Pasquale explique mieux pourquoi Donatella l'irrite en l'éloignant de son enfant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec tout ça, le changement qu'on observe chez Pasquale&amp;nbsp;est à la fois un peu moins brutal et&amp;nbsp;mieux argumenté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;:-)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>24 - Les deux languettes de Trélat</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/03/30/24-les-deux-languettes-de-trelat.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-03-30:673673</id> <updated>2006-03-30T23:10:00+02:00</updated> <published>2006-03-30T23:10:00+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> Ah, vous tombez bien, me dit Donatella. Elle aurait pu dire Bonjour Monsieur...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Ah, vous tombez bien, me dit Donatella. Elle aurait pu dire Bonjour Monsieur ou Buona Pasqua ou me demander comment j’allais. J’avais prévu de répondre par quelque lapidaire merci, à vous de même, comme le temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fait beau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m’étais promis d’être ferme. Non, elle ne pourrait plus se dérober, cette fois-ci ! Non, je ne voudrais rien savoir de la journée d’hier, de l’excursion à Ventimiglia, de son cousin qui aurait conduit parce que, sur les petites routes de montagne, elle a le vertige, du marché et du faux Louis Vuitton qu’elle y aurait déniché pour sa maman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chaussé pour la réussite par Benito Benzoni, j’allais acculer cette grande gamine à me dire enfin tout la vérité sur ce fichu four à pizza, que son père maçonnait dans une chambre d’hôpital. Celle de mon fils !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais voilà. Je tombe bien. Donatella a besoin de moi, justement. A vrai dire elle m’attendait, là, dans le hall d’entrée. Elle est assise sur le comptoir, les jambes croisées, sa blouse blanche rechignant à la couvrir avec décence. Sa position me trouble un peu. Pourquoi, au juste ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois qu’elle me rappelle le quartier chaud d’Amsterdam, voilà ! Un congrès. Il y a sept ans, ou huit. Roberto tenait à nous montrer ça, nous avait promis qu’on n’en croirait pas nos yeux. Angelo et moi l’avons suivi pour déambuler dans ces rues où chaque petite maison est une boutique d’un genre particulier. Au Nord, il fait bien trop froid pour faire le trottoir, nous avait expliqué notre chef, vraiment bien informé. Surtout dans des tenues pareilles !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est vrai qu’elles étaient presque nues, la plupart de ces dames qui nous souriaient dans la lueur des néons roses ou mauves et qui faisaient des gestes pour nous indiquer le prix ou la nature de leurs prestations. Parmi les rares qui se dévoilaient moins, il y en avait une en robe noire qui fumait avec nonchalance et qui semblait indifférente à notre présence, de l’autre côté de la vitre. Sa manière de se tenir sur son tabouret donnait à sa présence quelque chose de fortuit, me la rendait...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est un travesti, m’a dit Roberto, en grand connaisseur. M’a-t-il vu rougir ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous venez ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella décroise les jambes se lève et ajuste un peu sa mise. Je serais vraiment très surpris d’apprendre qu’elle est un garçon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella part rejoindre Ottavio et moi, qui tombe bien sans trop savoir ni où ni pourquoi, je suis l’infirmière qui ne m’a pas laissé le loisir de formuler la moindre objection. Nous voilà déjà dans un ascenseur de service qui descend. Lentement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ottavio me dit que l’électricité, ça vous connaît un peu ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu, sans aucun doute ! Cinq années d’études supérieures, un diplôme d’ingénieur spécialisé en électronique, je suppose que tout cela peut vous laisser vaguement familier avec le sujet ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci dit, depuis qu’on m’a promis une belle carrière comme laveur de vitres, plus rien ne me surprend. Je lui souris et m’amuse à répondre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;« Vous voulez dire ce truc qui fait des étincelles et au sujet duquel Galvani et Volta se sont tant disputés ? »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle me dévisage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Bon, ben vous me direz…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je la suis maintenant dans un dédale souterrain. Les caves de San Benedetto. J’imagine Ottavio qui déballe ses cadeaux et je m’en veux de ne pas être avec lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est impressionnant, non ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dis oui, mais je pense que l’adjectif effrayant conviendrait mieux. Il est de ces envers du décor qu’il vaut mieux ne pas visiter. On prétend que cela serait vrai des cuisines de certains restaurants, même très huppés. Je peux vous dire que c’est certainement le cas pour le sous-sol de cet hôpital !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ne regardez pas par là !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Trop tard. J’ai vu. Donatella m’assure que c’est le long week-end pascal qui veut ça. D’ordinaire, tout ce matériel chirurgical qui se trouve là sur ces chariots métalliques, débordant aussi de tissus ensanglantés, serait déjà nettoyé et passé en autoclave. Elle écarte un des chariots de son chemin, fait tomber un instrument étrange.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ne le ramassez pas !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’en avais pas vraiment l’intention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est un anuscope, ça. Vous voyez les deux languettes ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, merci. Elle n’insiste pas. Mon regard cherche un peu de réconfort dans la contemplation des grands tas de draps que nous longeons à droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est un Trélat.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enchanté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«L’anuscope de Mathieu en a trois.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne désire pas le savoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«De languettes, je veux dire.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pénétrons dans un espace plus rassurant. Trois des murs sont carrelés de bleu. Le quatrième est une grande surface en acier inoxydable. S’y découpent, à mi-hauteur, trois portillons. Le sol est blanc, étincelant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est beau, non ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suppose qu’il faut dire oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est notre nouvel autoclave !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella ouvre le portillon du milieu et m’invite à venir voir la cuve dans laquelle on dépose les instruments pour les exposer ensuite à la vapeur d’eau sous pression. Est-ce que je vois la deuxième porte, au fond, à l’autre extrémité de la cuve ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ose encore un oui docile, espérant qu’elle n’y verra pas un encouragement à me faire une démonstration. A l’arrière de toute cette installation, il y a une autre salle comme celle-ci. C’est là qu’on viendra récupérer les instruments stérilisés, et puis…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je vous ennuie ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non. Ce que je ressens n’est pas de l’indifférence mais de l’inconfort, plutôt. Une gêne. Je pense à ceux qui travaillent ici, dans ces caves, dans ces odeurs, à l’ombre de ceux qu’on voit sauver des vies dans les films ou feuilletons télévisés. Je me demande surtout si Ottavio aimera son sweater blanc ? Puis pour la taille, nous avons hésité, hier. Il est grand, pour un garçon d’onze ans. Mais pas très large. Il sera comme toi, plus tard, avait osé Nella, dans le magasin. Dis moi qu’on verra ça, qu’on le verra grand et mince comme toi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Et voilà l’ancêtre !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’endroit où nous sommes maintenant devait être le but du périple, car Donatella s’accroupit devant un grand engin cylindrique, puis se redresse, semble se raviser, me dit :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Attendez ici, je reviens !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des rayonnages remplis de matériel médical. Dans un coin, une masse toute blanche, de la taille de deux ou trois frigos américains munis de grands autocollants rouges signalant qu’il émet des rayons nocifs. Ailleurs, trois tabourets sur roulettes dont le coussin noir fatigué laisse échapper, par des entailles, une masse floconneuse jaunâtre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Voilà !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle revient avec un drap vert qu’elle étale par terre devant le cylindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«N’ayez pas peur. Il est propre !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se met à genoux, me fait signe de venir examiner, avec elle, les entrailles du truc, du…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est un chauffe-eau ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m’agenouille près d’elle, moins par intérêt pour l’engin que pour échapper à la vue plongeante qu’elle m’offrait de sa poitrine tant que j’étais debout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous brûlez ! C’est notre vieil autoclave, ça ! Et c’est bien la résistance qui chauffe l’eau qui nous intéresse ! »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est trop tard, déjà, pour prendre mes distances par rapport à ce « nous ». J’examine le peu qu’on peut voir à travers l’ouverture laissée par le démontage partiel du tableau de commande. Douze kilowatts. Une électronique rudimentaire. Pour accéder à tout, je me demande s’il ne faudrait pas démanteler l’engin un peu plus. Puis, il y a là un petit flexible qui me gêne…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella éclate de rire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Heureusement qu’elle est froide !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelqu’un a été stupide au point de venir ranger l’appareil dans cette remise sans le purger d’abord de toute l’eau qu’il contenait encore ! Elle s’échappe du petit bout de caoutchouc qui prend un malin plaisir à glisser entre mes doigts pour arroser copieusement Donatella, le drap, mon pantalon…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Si vous me disiez ce qu’on cherche à faire, là ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Telle qu’elle se tient, maintenant, sur l’un des vieux tabourets, secouant des pans de sa blouse pour la sécher, je la soupçonne de chercher à jouer de son charme. Mon regard doit l’en dissuader car elle change de tactique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je savais que vous finiriez par vous fâcher…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Diable, je viens à l’hôpital pour voir mon fils, pas pour me distraire avec un vieil autoclave incontinent dans des caves qui me fichent le bourdon !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«La résistance, c’est pour le four…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Le four à pizzas ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle continue de prendre un air d’enfant battu pour m’expliquer qu’elle n’est pas folle. Je ne m’imaginais tout de même pas qu’elle allait faire un feu de bois dans la chambre d’Ottavio, non ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sera un four électrique, voilà. Grâce auquel, car elle reprend confiance et se met à argumenter avec plus de conviction, grâce auquel mon fils aura bien chaud. Je n’ignore pas qu’en hiver, l’unique radiateur qu’il y a là, suffit à peine ! Sans compter qu’il risque à tout moment de rendre l’âme. Je l’interromps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous avez un tourne-vis ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;« La boîte à outils est là. Je vais aller vous trouver un pantalon. »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je tourne autour du cylindre, cherchant par où commencer son démantèlement complet. Donatella revient sur ses pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vert ou blanc, le pantalon ? Vert c’est pour les chirurgiens…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On n’a rien prévu pour les laveurs de vitres qui opèrent les autoclaves défunts afin de prélever leurs organes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vert ira mieux avec vos chaussures, je crois.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il nous faut encore une bonne demi-heure pour que l’engin accepte enfin de nous faire don de son élément chauffant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous êtes génial !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella m’embrasse, me tend le pantalon, se retourne pendant que je me change. Sur le chemin du retour, elle s’arrête, me dit avec un grand sourire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je viens de piger pour Galvani et Volta !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n’y avait rien à comprendre, c’était un petit sarcasme gratuit. J’ai envie qu’elle presse un peu le pas et qu’on quitte cet endroit. Je veux retrouver Nella et mon fils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous disiez ça pour la prothèse d’Ottavio, non ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l’ascenseur de service qui remonte lentement, elle continue, pensive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Volta, c’est l’inventeur de la pile…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Mais l’activité électrique des muscles, ça c’est la découverte de Galvani.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout à fait. A la fin du dix-huitième siècle, la rivalité entre les deux hommes divisait la communauté scientifique. Pour les uns, l’électricité était d’origine métallique. Pour les autres, elle était animale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Voilà !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà quoi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Volta fournit l’énergie pour les moteurs de la prothèse. Mais c’est Galvani qui permet à Ottavio de contrôler cette énergie par l’activité de ses muscles.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je la dévisage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Elles sont cool, vos chaussures !»&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>23 - La lettre de Deborah Bowden</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/03/28/23-la-lettre-de-deborah-bowden.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-03-28:666383</id> <updated>2006-03-28T15:35:34+02:00</updated> <published>2006-03-28T15:35:34+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> «Que d’autre me caches-tu ?»   Je m’étais promis de ne jamais parler à Nella...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;«Que d’autre me caches-tu ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m’étais promis de ne jamais parler à Nella de cette lettre. Je m’en veux maintenant d’avoir rompu mon engagement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis la visite de Dimitri, l’autre jour, j’ai le sentiment confus que les événements s’enchaînent, échappent à mon contrôle et me laissent plus que jamais…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Impuissant ? Le mot vous ferait sourire, si vous aviez été le témoin indiscret de notre étreinte, ce matin. Oh, elle aurait pu vous sembler un peu trop brève, oui. Ça ne valait pas le déplacement, diraient sans doute les familiers de spectacles plus ardents ou variés. Je l’avoue. Mon corps était pressé. Nella n’était guère plus patiente. Il y avait si longtemps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devrais-je me dire démuni, plutôt ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’année passée, au début de l’automne, j’ai écrit au Docteur Deborah Bowden, le chirurgien américain qui se dévoue, depuis plus de vingt ans, à la recherche sur la maladie dont souffre Ottavio. Sur Internet, un animateur d’un forum d’entraide avait signalé que Debby, il l’appelait Debby, tout simplement, répondait à toutes les lettres que des patients ou leurs proches lui adressaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A vrai dire, je n’y croyais pas trop. Voyant à quel point les médecins de l’Ospedale San Benedetto étaient toujours pressés, j’avais du mal à m’imaginer que leurs confrères d’outre-Atlantique auraient le loisir de correspondre avec le tout venant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un matin, j’avais abordé le sujet en bavardant en ligne avec Mary-Kate, une Californienne qui publie souvent des messages un peu philosophiques et parfois vaguement chrétiens sur ce même forum qui renseignait l’adresse de Deborah Bowden. Tu n’es pas le premier venu, a-t-elle dû me dire, car c’est un peu son leitmotiv. Je me souviens aussi qu’elle m’avait rassuré quant à mon anglais. Ecris-lui, Pasquale. Ecris à Debby. Chacun de nous est important.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n’est pas le fait que j’ai fini par suivre ce conseil que j’ai caché à Nella. Nous avons parlé de la lettre que je projetais d’écrire et elle ne s’attendait, pas plus que moi, à quelque réponse de la part d’une personne que nous devinions très sollicitée. Obtenir le moindre petit renseignement du Docteur Aldini, quand celle-ci passait en coup de vent dans la chambre d’Ottavio, était déjà une telle gageure !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La réponse, car Debby, qui signait Debby, tout simplement, m’a répondu…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La réponse du chirurgien américain m’a laissé à ce point confus que je n’ai jamais osé en parler à Nella.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd’hui je lui dis tout et elle se fâche, m’en veut de ne pas lui avoir fait confiance et me soupçonne de lui cacher d’autres choses encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Aldini est au courant ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’en sais rien. En tout cas, je ne lui ai pas communiqué le contenu de cette lettre, non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est la seule ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Je promets qu’il n’y a pas eu d’autre correspondance. Je sais donc, depuis l’automne dernier, qu’il arrive…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Très exceptionnellement ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. Les cas sont trop rares pour qu’on puisse en tirer un enseignement quelconque. Les rémissions surprenantes qu’on observe très exceptionnellement ne peuvent être attribués à aucune intervention en particulier. Du coup…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Mais ça arrive ! Tu savais que ça peut arriver !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella s’emporte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deborah Bowden m’avait laissé juge. Elle ne savait pas si l’espoir faisait partie des facteurs qui pouvaient favoriser une guérison. Elle ne savait pas s’il était éthique de parler de cette possibilité de rémission qui avait si peu de chances de se produire. N’était-ce pas une injustice de plus, s’ajoutant à celle de la maladie elle-même ? Que dire à ceux, nombreux, que ce bonheur ne visiterait pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Mais elle t’en a parlé !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La dernière phrase de la lettre, celle qui m’a le plus troublé, explique peut-être ce paradoxe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«I wish I knew, Pasquale.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle est loin de réconcilier Nella avec mon attitude. Tout deux, nous en oublions totalement de nous apprêter pour aller visiter Ottavio et Nella oublie également sa promesse de ne plus fumer dans le séjour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Au diable le papier peint, les odeurs dans les tentures et tes poumons !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Me dit son regard noir quand elle revient de la cuisine avec un cendrier dans une main, son paquet de cigarettes dans l’autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Démuni, je suis incapable de dire à qui j’ai voulu cacher qu’il existait un espoir. A moi ? A notre fils ? A sa maman ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Bon…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella écrase la cigarette qu’elle vient d’allumer, se lève, me demande, sur un ton soudain calme :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu te rases pendant que je prends une douche ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai qu’il ne faudrait plus trop traîner, là. Ottavio doit être impatient de nous voir, surtout qu’il se doute certainement que nous avons des cadeaux pour lui, en ce dimanche de pâques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Dis, ton Fabrizio, là ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n’est pas mon Fabrizio ! Ce fichu maçon clandestin, c’est le papa de Donatella et un chef de chantier de la Compagnie des Eaux sur qui pèsent de graves présomptions de détournement de briques et de ciment !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle rit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oui, soit. Tu crois qu’il pourrait nous trouver un bel évier double ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Nella !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle disparaît sous la douche. Je me rase et retrouve ma réflexion sur le temps que je contrarie patiemment en effaçant son œuvre sur mes joues, mon menton…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moi qui lui en veut tant de défaire, qui le soupçonne de nourrir, à notre insu, les desseins les plus noirs, qui me crois, à mes heures, investi de la mission surhumaine de déjouer ses projets…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devrais-je parfois, tout simplement, le laisser faire ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Non sérieux, chéri…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Sérieux quoi ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Déjà pour deux, c’est limite, cet évier.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme pour le prouver, elle me bouscule un peu, écarte ma mousse à raser, menace de faire tomber ma bouteille d’après-rasage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«A trois, ce sera la galère.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A trois ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>22 - Les pouvoirs du véritable Pinto-Nunes</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/03/27/22-les-pouvoirs-du-veritable-pinto-nunes.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-03-27:664414</id> <updated>2006-03-27T20:50:00+02:00</updated> <published>2006-03-27T20:50:00+02:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> J’ai fait un rêve étrange, de ceux qui vous laissent perplexe ou vaguement...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;J’ai fait un rêve étrange, de ceux qui vous laissent perplexe ou vaguement inquiet et dont vous avez envie de parler à quelqu’un. Nella grommelle, se retourne, non, elle ne veut pas que je fasse le café. Pas tout de suite. Etendu là, sur le dos, à fixer le plafond, je rêvasse encore&amp;nbsp;un peu et m’imagine patient, chez Pinto-Nunes, notre voisin du sixième étage. Les psychothérapeutes, comme lui, ils analysent les rêves, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allongez-vous, me dit-il, en me désignant son divan et en souriant comme il sourit au monde entier. Il m’apparaît, tout à coup, que sa voisine de palier et lui doivent bien s’entendre. Leur diagnostic est le même. Les gens sont fous ! Acariâtre, elle les toise avec dédain et attend&amp;nbsp;une opportunité&amp;nbsp;de les couvrir d’injures. Commerçant avisé, il se montre courtois et se prépare, à la première occasion, à tendre sa carte de visite en déclarant aimablement qu’on ne sait jamais, n’est-ce pas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà que je souris à mon tour en pensant à la belle économie que je fais en restant ici, bien au chaud, dans le lit conjugal. J’ai déjoué leur complot. La vieille commence par pousser les gens à bout. Lui s’arrange ensuite pour passer comme par hasard et pour leur proposer son aide. Je ne suis pas dupe !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me permets d’ajouter un détail amusant pour me mettre de plus belle humeur encore. Le divan du thérapeute pourrait très bien se trouver au-dessus de moi. Oui, dix mètres plus haut, mais très exactement dans l’axe. Voilà qui pimenterait le scénario d’un jeu électronique comme Ottavio les aime. Il s’agirait d’être prudent. Si nous éliminons le psychopathe dangereux qui s’est réfugié chez le psy, nous risquons de pulvériser le pauvre type qui dort trois étages plus bas et qui, on ne sait jamais, pourrait nous être utile, plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Détendez-vous, me dit Pinto-Nunes de sa voix suave. Voilà ce qu’il a de portugais, malgré tout, même s’il n’a pas le moindre accent. L’homme a un timbre de chanteur de fado. Il faudra que je m’en souvienne, pour en parler à Nella quand elle se réveillera.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis parfaitement détendu, une main sous la nuque, l’autre sur les fesses chaudes de mon épouse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Alors, ce rêve ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, il ne doit pas poser la question d’une manière aussi brutale. Un peu de nostalgie lusitanienne lui conviendrait mieux. Le voilà qui accorde sa guitare avant de m’adresser un languissant :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Contez-moi les tourments de vos nuits.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vos séjours dans d’étranges pays.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Epatant ! Je ne me débrouille pas si mal en poésie portugaise, me dis-je, de plus en plus satisfait de moi. J’ai bien fait de consulter cet homme qui me replonge dans mes souvenirs de jeunesse. Il y a quinze ans, ou seize, Nella n’était pas encore blonde. J’étais encore très vert. Dans un tramway à Lisbonne…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’étaient nos premières vacances à deux. Etudiants, nous logions à l’auberge de jeunesse. Elle partageait la chambre avec trois Danoises ou Suédoises, je ne sais plus. Moi, j’avais pour compagnons un Allemand qui puait des pieds et un Grec qui dormait avec un nounours en suçant son pouce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, sur la ligne 28, voyant mon désarroi après trois ou quatre jours d’abstinence, craignant qu’une nuit, le rut ne m’amène à violer le règlement de l’auberge ainsi que les trois nordiques, Nella…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je dors !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai dû, sans le vouloir, m’émouvoir encore en pensant à ces trois aller-retour entre le terminus, dans un quartier populaire au nord de la ville et les hauteurs du château Sao Jorge. Ma main sur les fesses de mon épouse a dû se crisper un peu en pensant à la sienne qui, dans ce tramway…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce ainsi que les choses se passent, au sixième étage ? Entre-t-on dans le cabinet du thérapeute, bien décidé à parler d’une chose, pour finalement évoquer mille et un événements de sa vie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pinto-Nunes me rappelle à l’ordre. Il désapprouve l’usage que Nella et moi avons fait des transports en commun dans la capitale de son pays, sans le moindre égard ni pour la grande pudeur de son peuple, ni pour les passagers qui ont pris place sur la banquette après nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Alors, ce rêve ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Irrité, il range sa guitare et oublie toute saudade. Sa clémence a des limites. Il sait se montrer ferme avec les impénitents de ma trempe. Au passage, il me confirme une autre impression dont je me promets de parler à Nella. Cet homme n’a-t-il pas comme un air de curé ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soit. Dans mon rêve, car je suis effectivement venu le voir pour parler de mon rêve, il y a des Japonaises. Une bonne trentaine, je crois. Moi, je me trouve en haut d’une colonne rose. Elles, toutes de noir vêtues, m’observent d’en bas et pointent sur moi des vieux fusils de chasse en me sommant de descendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dois vous dire qu’hier, en arrivant au sanctuaire de Vicoforte, Nella et moi avons effectivement croisé un groupe de touristes japonais. A l’intérieur de la basilique, nous les avons retrouvés au moment où leur guide évoquait la légende du lieu. Devant une vitrine contenant une arquebuse, l’homme faisait «pan pan» tout en mimant le geste du chasseur à qui l’arme aurait appartenu. C’était au quinzième siècle, je crois. Il n’y avait encore rien d’autre à Vicoforte qu’une colonne décorée d’une fresque représentant la vierge. Notre chasseur piémontais était-il maladroit, myope, ivre ou tout cela à la fois ? Toujours est-il qu’il aurait, par mégarde, tiré sur l’icône et que…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et que la madone se serait miraculeusement mise à saigner à l’endroit où la balle était venue la frapper ! Il n’en fallut pas plus pour attirer des pèlerins d’un peu partout. Quelques siècles plus tard on érigea là une basilique immense ainsi qu’un couvent cistercien, qui avait pour mission d’héberger les visiteurs, toujours plus nombreux. Certains venaient faire pénitence, d’autres espéraient sans doute une intervention de la vierge pour retrouver santé ou fortune. On peut les imaginer un peu plus recueillis, à l’époque, que ne l’était la joyeuse troupe de nippons, hier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur guide a dû refaire le geste plusieurs fois, jusqu’à ce que tous aient pu le consigner sur film ou carte mémoire. Une jeune femme avec une caméra vidéo a failli l’éborgner en télescopant un micro devant lui : il fallait aussi qu’il refasse «pan pan» !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi Nella avait-elle voulu revoir le sanctuaire ? Elle a ses petites superstitions bien à elle, dont elle me dit très peu, mais qui l’amènent parfois, quand nous nous baladons, à s’éclipser pour pénétrer dans une chapelle ou une église, s’y attarder un peu, me revenir pensive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bâtisse baroque de Vicoforte ne prête pourtant guère à une rencontre intime avec le divin ou, du moins, n’y invitait-elle certainement pas hier. A peine les Japonais s’étaient-ils éloignés que résonnaient déjà les « Mira ! Mira ! Mira ! » d’une horde de retraités espagnols qui s’étonnaient sans retenue de l’architecture imposante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est la plus grande coupole ellipsoïdale d’Europe, me chuchotait Nella qui, à son tour, s’improvisait guide, me récitant le contenu d’un feuillet qu’elle avait trouvé à l’entrée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le petit miracle que mon épouse aurait pu implorer s’était déjà produit, en cette fin d’après-midi. Nous nous étions réconciliés. A Mondoví, nous avions trouvé des chocolats pour Ottavio et puis un joli sweater blanc et puis un disque d’un chanteur américain dont nous espérons qu’il ne comprendra pas toutes les paroles. Nella était généreuse. Tout simplement. Il m’arrivait de l’oublier. Oui, c’est un cadeau, disait-elle à la vendeuse de la boutique puis au gamin roux qui travaillait chez le disquaire. Ce dernier était à ce point malhabile qu’elle lui a proposé de lui passer le papier, les ciseaux, le ruban. Je parie que c’est un étudiant, m’a-t-elle glissé en sortant du magasin avant d’ajouter, avec un petit sourire moqueur : Un futur ingénieur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tu es un cadeau, ai-je fini par lui dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au grand miracle…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n’en avions plus parlé. Ce que nous observions depuis une semaine ne correspondait à aucun pronostic dont j’avais connaissance par rapport à l’évolution de la maladie de notre enfant. Les déficiences motrices peuvent se déclarer lentement sur une très longue période. Elles sont supposées irréversibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sauf si…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Une colonne, me disiez-vous ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est rigoureux, mon psy imaginaire ! Voilà déjà son deuxième rappel à l’ordre devant mes digressions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, Monsieur Pinto-Nunes, dans mon rêve de cette nuit, je suis perché en haut d’une colonne rose. Les vieilles arquebuses des japonaises en noir ne peuvent pas m’atteindre. Tout à coup, elles se mettent à former une pyramide humaine pour s’approcher de moi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je saute dans le vide mais je ne me réveille pas. Je me trouve debout, dans un autocar, au milieu d’incontinents assis sur des chaises percées qui lisent « El Pais ». Je ne distingue aucun visage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une infirmière en blouse rose s’approche de moi, me dit qu’elle est désolée mais qu’il ne lui reste plus que des journaux grecs, puis baisse mon pantalon et m’invite à m’asseoir pour faire mes besoins comme tout le monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le journal grec n’est pas difficile à lire. Le papier est noir, les lettres sont blanches, mais je comprends tout. En page trois, il y a une photo, elle aussi en négatif. On dirait une icône. La madone du sanctuaire ! Je me réveille quand j’entends la détonation de l’arquebuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà mon rêve, Monsieur Pinto-Nunes. A vous de jouer ! J’ai oublié de vous raconter que l’infirmière, en s’éloignant, n’avait plus sa blouse rose. Elle ne portait plus qu’un petite culotte qui était noire et satinée comme ses cheveux. Mais c’est un détail…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«C’est quoi ça ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La main de Nella s’égare un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu penses à mon coiffeur, là ? Ou à ta petite vendeuse de chaussures ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Non, je songeais à cette fille que j’ai connue à Lisbonne, une étudiante en droit, je crois…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai bien peur que je devrai interrompre un instant le cours de mes pensées. En tout cas, je tiens à vous dire que je vous recommande chaleureusement, pour tous vos soucis de couple et de sexualité, de consulter João Pedro Pinto-Nunes, psychothérapeute à Cuneo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son aura agit même à distance, je suis en train d’en faire l’expérience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu veux que je fasse du café ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Après !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Faut que je te raconte mon rêve, tu verras, c’est fou !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Après !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout à coup, je revois Nella qui allume une bougie, hier, dans le sanctuaire de Vicoforte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>21 - Benito Benzoni et la sagesse chinoise</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/03/25/21-benito-benzoni-et-la-sagesse-chinoise.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-03-25:657044</id> <updated>2006-03-25T00:15:00+01:00</updated> <published>2006-03-25T00:15:00+01:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> Le temps. Se pourrait-il qu’à notre insu…   «On se balade un peu ?»   Nous...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;Le temps. Se pourrait-il qu’à notre insu…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«On se balade un peu ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous venons de déjeuner. De boire un tout petit peu trop. Il ne serait pas sage de reprendre la route, là.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«N’oublie pas que j’ai promis de te trouver des chaussures !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella se lève de table, me sourit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Viens !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle traverse la grande terrasse du restaurant d’un pas bien décidé. Ça et là, je surprends un homme qui la suit du regard. Oh, aussi discrètement qu’il est possible de le faire sans s’attirer les foudres de celle qui lui fait face, bien entendu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je la rejoins et l’embrasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La voiture est garée de l’autre côté, oui elle sait, mais amoureux comme je suis, il vaut mieux que nous descendions en ville à pied.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Quand tu me mets la main aux fesses devant tout le monde, c’est que t’as bu une grappa de trop !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n’est pas négociable. Et puis la route descend. On en a pour dix minutes. Ou quinze, soit. Mon objection qu’il faudra remonter la pente, dans l’autre sens, est rejetée sans appel. Ça me fera le plus grand bien, estime Nella. M’arrive-t-il de me soucier un peu de ma forme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oh, je pense aux tiennes, surtout ! Et je ne suis pas le seul.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle rit, dit que c’est normal, qu’elle a le charme ravageur de la fausse blonde et que je peux l’embrasser une dernière fois. Après, je devrai marcher sagement derrière elle, car la route est étroite et sinueuse. Il n’y a pas de trottoir et les voitures et autobus passent à cette allure italienne qui fait tant frémir les touristes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous quittons les hauteurs de Ceva et j’aimerais bien reprendre ma réflexion sur le temps qui passe mais voilà que les hanches de Nella me distraient. A la voir comme ça, je me demande bien où peuvent se loger ces deux ou trois kilos qu’elle s’entête à vouloir perdre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fait doux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990066&quot;&gt;Au bord de mer, fait-il aussi beau qu’ici ? Ottavio aura-t-il pique-niqué sur la plage ? Nous avons parlé de lui, hier soir, à mon retour. En voiture, ce matin. A table, durant tout le repas. Oui, un peu comme ces retraités qui pourraient vivre enfin leur vie, tous devoirs accomplis, mais qui n’arrêtent pas un instant de vous entretenir de leurs enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants !&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990066&quot;&gt;S’émerveiller ou s’inquiéter de leur descendance semble les combler durant cet automne dont nous savons qu’il nous laissera seuls, Nella et moi. Nous aurons l’éternité pour vivre à deux. A moins que…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990066&quot;&gt;Durant toute cette matinée, à intervalles réguliers, Nella et moi avons regardé nos mains, essayant de faire un nœud dans un ruban imaginaire, interrogeant l’autre du regard.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990066&quot;&gt;Il va mieux, non ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990066&quot;&gt;Sa main gauche doit avoir retrouvé une part de cette agilité qu’elle avait perdue. Ce n’est pas possible autrement. Et puis, hier, je l’ai vu courir dans l’allée. Il est, d’abord, descendu dans le jardin par cet escalier métallique en colimaçon. Deux étages. A vive allure. Tout cela sans hésiter, sans s’immobiliser, sans tomber. Il a aidé cette gamine, cette Peggy, a pousser la chaise roulante de son papy. Quand il est revenu, il était très animé, prolixe. Cela aussi aurait dû me frapper, moi qui prétends guetter le moindre signe ! Son débit est plus lent, d’ordinaire. Il arrive que ses cordes vocales ne lui obéissent plus. Il devient alors soudain muet, parfois au beau milieu d’une phrase que ses lèvres termineront seules. Non, cela ne s’est pas produit, hier, quand il m’a parlé du centenaire qui fumait, de la table de ping-pong et de Peggy qui devait revenir lundi.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grappa aidant, le temps de deux baisers, j’ai pu vous sembler un homme épris de sa femme. Me revoilà déjà papa. Mon regard quitte les hanches de celle qui, du coup, redevient maman, puis s’attarde un instant sur sa chevelure pour en venir à un constat peu poétique. Elle aurait mieux fait de prendre un rendez-vous chez Dino. Le temps est un ennemi redoutable pour les fausses blondes. Un allié sûr pour leur coiffeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu penses à quoi ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le dernier virage, juste avant que la route ne descende en ligne droite vers la ville, Nella s’arrête pour regarder le paysage. Je me surprends à lui dire la vérité :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«A Dino…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oh ! Tu le trouves séduisant ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle éclate de rire. Cette fois-ci, c’est elle qui s’approche pour m’embrasser longuement avant de déclarer avec fermeté :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je ne veux plus jamais que tu penses à Dino ! Ni à aucun autre coiffeur, d’ailleurs ! Ah, et puis…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Baiser encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Des fois que tu fantasmerais sur des shampouineuses !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«A vrai dire, moi, c’est surtout les vendeuses de chaussures !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah, elle s’en doutait un peu. Elle devait être jolie, la petite garce chez Berguamani, pour réussir à me fourguer une paire de mocassins aussi désespérants. Ou même pas, finalement. Un homme qui approche de la quarantaine et qui commence à douter de sa sexualité est une proie tellement facile ! On lui fait un joli sourire, et hop, vendues les godasses de retraité qui dormaient dans le stock depuis vingt ans !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bras dessus bras dessous, maintenant, sur le trottoir de la rue commerçante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Discussion en aparté, dans un magasin étonnamment chic pour cette petite bourgade. Les prix me semblent insensés, Nella pense que j’ai tort. Le vendeur a dû m’entendre car le voilà qui vient vers nous pour nous confier que cette Benito Benzoni que nous avons eu l’imprudence d’examiner de trop près, c’est, n’ayons pas peur des mots, c’est la chaussure de la réussite. Il comprend donc parfaitement que j’hésite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Si Monsieur désire souffrir dans la vie, Monsieur doit éviter cette chaussure à tout prix !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Surtout à ce prix-là, ai-je envie de rétorquer, mais l’homme me prend de vitesse, veut savoir ma pointure, puis nous invite à méditer cet adage chinois, pendant qu’il farfouille dans l’arrière-boutique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Le sage se chausse avant le voyage. Le fou promet de se chausser après.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà le quarante-deux. Pour voir, rien que. Au moins Monsieur saura-t-il que le bonheur existe. Monsieur ne sera pas venu à Ceva pour rien. Il me noue les lacets, sourit à Nella et conclut par un messianique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Levez-vous et marchez !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles sont confortables, oui. Très.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella me les offre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’hésite à la remercier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que font les chaussure du succès aux pieds d’un homme qui va et qui vient entre son appartement et une chambre d’hôpital ? Je me fiche de Benito Benzoni et je me moque de la sagesse chinoise. Je ne suis d’aucun voyage et j’ai le sentiment que Nella m’en fait le reproche. Son fils réussit, lui. Il va mieux. Il justifie toutes les fiertés. Moi, je ne fais pas des pas de géant. Je ne lui ai pas parlé de cette proposition que Dimitri m’a transmise, l’autre jour. Une petite entreprise milanaise qui cherche quelqu’un pour la région, plutôt commercial que technique. Je n’y ai pas donné suite, d’ailleurs. Tant pis si je la déçois, bien plus encore qu’elle ne le devine !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Pasquale ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne réponds pas.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; </content> </entry>  <entry> <author> <name>PeterCogen</name> <uri>http://petales.blogspirit.com/about.html</uri> </author> <title>20 - Les oeufs du Docteur Aldini</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://petales.blogspirit.com/archive/2006/03/22/20-les-oeufs-du-docteur-aldini.html" />  <id>tag:petales.blogspirit.com,2006-03-22:651394</id> <updated>2006-03-22T18:45:00+01:00</updated> <published>2006-03-22T18:45:00+01:00</published>   <category term="1 - Hockenpock" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <category term="Pensées &amp; écritures" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#tag" />  <summary> J’ai appris que Peggy est trop marrante et qu’elle revient lundi et que son...</summary> <content type="html" xml:base="http://petales.blogspirit.com/"> &lt;p&gt;J’ai appris que Peggy est trop marrante et qu’elle revient lundi et que son papy, il est très gentil mais qu’il doit avoir plus de cent ans et qu’il ne devrait plus fumer mais que c’est plus fort que lui et que la table de ping-pong elle n’est même plus là et que…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio était bien loquace à son retour ! Silence gêné, cependant, en réponse à toute question concernant l’idée loufoque de transformer cette chambre d’hôpital en pizzeria. Laissant les enfants à leurs jeux, Donatella avait reconduit le papy de Peggy dans sa chambre et elle n’était plus réapparue depuis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;« Elle a peur que tu te fâches ! »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’étais, à vrai dire, pas si loin de me fâcher, en effet, quand le Docteur Aldini a frappé à la porte. Elle s’excusait, elle était chargée, son porte-documents puis son sac puis tout ça…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout ça, c’étaient deux grands œufs en chocolat, chacun dans un bel emballage transparent, dont elle ne savait pas trop que faire. Elle s’est retournée, a vu la civière et a fini par déposer ses cadeaux sur le drap blanc qui recouvre les briques de Fabrizio. Le regard anxieux d’Ottavio me signifiait clairement que le Docteur n’était pas dans le complot. Allait-elle soulever le linceul ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du tout ! Elle avait un document qu’il fallait signer, rien d’important, des nouvelles directives, de nos jours, tout devient tellement administratif, que voulez-vous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai promis de le lire, elle a dit qu’il suffisait de le signer, j’ai dit que j’allais tout de même le lire et elle a répondu que oui, si j’y tenais, pourquoi pas, que je pouvais le lui remettre signé mardi et qu’elle nous souhaitait de joyeuses pâques et qu’elle devait courir, là.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les visites éclair du Docteur Aldini ne me surprennent plus mais aujourd’hui, j’aurais aimé qu’elle s’attarde un peu, qu’elle me parle d’Ottavio, de son état. Quelques mots de sa part, même choisis parmi ceux qu’elle affectionne et dont je dois parfois, le soir, trouver le sens dans un dictionnaire ou sur Internet, ne m’auraient pas déplu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tenez, elle aurait pu me dire qu’elle constate une évolution atypique de la symptomatologie dans le sens d’une réversion des défaillances motrices selon la courbe de Kyle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n’aurais pas osé lui demander comment s’écrit Kyle mais j’aurais conservé une note mentale du message que j’aurais fidèlement restitué pour Nella. Oui, j’ai une&amp;nbsp; mémoire surprenante pour les formules auxquelles je ne comprends rien. Dictaphone, me surnommaient les autres étudiants à la fac, un peu envieux de me voir réciter, sans effort, ce qu’ils mettaient parfois des nuits à étudier, analyser, assimiler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ça veut dire quoi ce charabia, m’aurait demandé Nella ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il lui arrive d’être un peu frustrée par les rapports de mes brèves rencontres avec le Docteur Aldini et de me reprocher alors de ne pas avoir posé de questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce soir, ou demain matin, Internet serait venu à mon secours. Souriant, patient et peut-être même avec cette petite pointe de fierté qu’elle méprend parfois pour de la condescendance, je lui aurais fait part de mes découvertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà, chérie, en fait, tu vois, ce qu’elle veut dire c’est que…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;« C’est pour moi, tu crois, Papa ? »&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio vient de défaire le beau nœud rouge qui entourait l’un des œufs que le médecin a abandonnés sur la civière. Je n’en sais rien, mais j’en suis déjà à revoir mon opinion de la dame, son attention aussi délicate que discrète me la rendant soudain plus sympathique, quand la porte s’ouvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ah, les voilà, oui !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant qu’Ottavio, rougissant jusqu’aux oreilles, s’applique à refaire un joli nœud, le Docteur Aldini m’explique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous n’avez pas d’idée comme j’ai dû courir partout pour en trouver deux tout à fait identiques ! Elles m’exaspèrent parfois, les gamines de mon mari, je vous jure. Déjà là, il y a un nœud rouge et un nœud bleu. Vous n’allez pas me croire, mais ça leur suffira à se disputer. Mais bon, avec le monde qu’il y avait dans le magasin, je ne pouvais tout de même pas demander de me refaire l’emballage, vous comprenez ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je dis oui, bien entendu, elle remercie Ottavio qui lui remet les œufs, nous dit qu’elle doit se sauver parce qu’avec le long week-end, il y aura du monde sur la route et qu’elle est déjà en retard, puis s’immobilise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Je vous ai remis le formulaire ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oui, Docteur.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rassurée, n’ayant plus rien oublié, elle s’éclipse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Nonnina !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand sa mamy arrive, Ottavio retrouve le sourire, surtout que la bonne douzaine de figurines en chocolat qu’elle sort une à une d’un grand sac en plastique aux couleurs d’un hypermarché sont, cette fois-ci, bel et bien pour lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Dommage que je n’ai pas un frère !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Pour partager ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Non, pour nous disputer !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Nonnina ne comprend pas vraiment mais il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une apologie des grandes familles d’antan, car elles étaient sept à la maison, oui sept filles, au désespoir de son papa, mais elles étaient heureuses, même si elles n’avaient pas des tonnes de jouets comme les enfants d’aujourd’hui et…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Vous ne vous disputiez jamais ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oh, très rarement. Et puis, quand ça arrivait, maman nous tirait les oreilles. On devait se donner un bisou et tout oublier sinon elle dirait à papa qu’on avait été méchantes.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ottavio semble aimer cette manière de faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Lundi, je vais me disputer avec Peggy ! Puis je lui donnerai un bisou.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oh, j’espère que ce ne sera pas avec une bouche pleine de chocolat !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voilà Nella qui m’embrasse, essuie les lèvres d’Ottavio en le grondant un peu pour sa gourmandise, puis m’explique qu’elle vient de parler longuement à Donatella. A propos de ce fichu four à pizza ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et non. Son papa viendra sans doute maçonner un peu demain et du coup, elle avait pensé que…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Elle ne veut pas s’arrêter un peu de penser ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est Ottavio qui me répond :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu vois que tu te fâches, Papa !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nella me fait signe de la suivre sur le balcon où elle allume une cigarette avant de continuer notre conversation. Symbiose étrange, soit dit en passant. Ce n’est pas la première fois que je la vois fumer, elle, quand elle estime que je devrais me calmer un peu, moi. Je souris. Elle reprend.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donatella va passer la journée à Ventimiglia, demain, avec son cousin Claude. Elle a proposé qu’ils prennent Ottavio avec eux. Il va faire beau. Ils pourront sans doute pique-niquer sur la plage. Faire le marché, aussi, enfin…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Dis oui, Papa !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soir, à table, nous continuons de faire des projets pour un samedi très particulier, le tout premier depuis près d’un an qui ne sera pas rythmé par nos visites à l’hôpital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, Nella n’ira pas chez Dino, sa coloration peut attendre. Non, belle-maman ne compte pas sur nous. Elle participe à un championnat de canasta, demain. Quant à Ottavio…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne ressens pas ce vertige qui m’avait submergé, hier après-midi, en retrouvant une liberté dont personne, sinon moi-même, ne m’avait privé. Avec Nella, la journée de demain s’annonce à la fois douce et beaucoup trop courte. Après avoir évoqué une foule d’occupations et de destinations, nous avons fini par décider de ne rien décider du tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu conduiras…»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et je conduirai sa petite Alpha ! Petit frisson, tout de même. Je ne vous ai pas parlé de l’accident. Un oubli sans doute. Deux ou trois mois après mon licenciement, oui un peu avant qu’Ottavio ne soit hospitalisé, j’ai…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu veux bien ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai pris la route. Un soir. Une crise de jalousie. J’allais à Milan, m’expliquer avec Dimitri, oui, je sais, c’est totalement absurde. Fin février. Neige et verglas sur la provinciale. Vitesse excessive. Il paraît qu’on m’a trouvé serrant l’airbag tout contre moi, gémissant comme un enfant malade contre le sein de sa maman. De cela, je n’ai aucun souvenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oui ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’étais dans une sorte d’état second. Tout avait commencé par une conversation anodine au sujet de mes collègues. Soudain j’avais eu la certitude que Nella et Dimitri…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«En tout cas, les enfants, moi j’aimerais rentrer, si vous le voulez bien, pour être en forme, demain !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La voiture de fonction, qu’on m’avait permis de garder durant six mois, était bonne pour la casse et ItalPur n’a pas voulu pousser la générosité au point de m’en offrir une autre. Pour ce que j’en faisais !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu reconduis maman ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dégâts matériels exclusivement, je vous rassure. Pas de tiers, non plus. Une histoire entre le destin et moi. Un seul dommage collatéral mineur. Je n’ai pas osé reprendre le volant, depuis. Ou je n’ai pas voulu ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Oui.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me lève et je prends les clefs que Nella me tend.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«La troisième, ça ne va toujours pas mieux, tu verras !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, je vois et j’entends ! Belle-maman me dit qu’elle est bien d’accord avec moi, qu’elle ne cesse de répéter à sa fille que Rinaldi est un escroc doublé d’un incompétent, d’ailleurs il répare des japonaises, aussi, c’est dire ! De nos jours, les gens…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour couper court à tout discours nostalgique sur le bon vieux temps qui finira par nous fâcher quand elle prétendra que le Duce n’avait pas que des défauts, je passe en quatrième et profite de l’occasion pour embrayer sur un autre sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Tu tombais bien, avec tes chocolats, tout à l’heure !»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lui parle de la déception d’Ottavio, quand il a vu que les œufs du Docteur Aldini étaient pour les filles de son mari. Il avait déjà commencé à un déballer un, puis a dû refaire le joli nœud.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Ottavio ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je passe de quatrième en deuxième, hop, avant de m’immobiliser devant un feu rouge et de dire oui, bien entendu, il fallait bien, l’œuf n’était pas pour lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il a refait un nœud ?»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;font color=&quot;#990033&quot;&gt;Un coup de klaxon, derrière nous, me fait sursauter. Le feu a dû passer au vert, puis repasser au rouge pendant que je cherchais en vain de me souvenir de la scène. J’étais là, perplexe, à observer mes mains, à imaginer que la gauche n’aurait plus qu’un doigt valide, que la droite serait artificielle et ne serait capable que de mouvements limités, commandés par les impulsions électriques des muscles de mon bras. Sa Nonnina a raison de me poser la question. Comment s’y est-il pris, Ottavio ?&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Seul, sur le chemin du retour, je pense à ces mots savants que j’avais mis dans la bouche du médecin. Une évolution atypique de la symptomatologie, ou quelque chose du genre, non ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;«Il va mieux.»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que je vais dire à Nella que j’ai l’intime conviction que notre enfant va mieux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; </content> </entry>  </feed>